Le mouvement perpétuelHistoire de l'Hôpital américain de Paris, des origines à nos jours.
- Creator
- Fouché, Nicole
- ISBN
- 978-2-8658-6189-7
- Publisher
- Editions Erès
- Published in
- Toulouse
- Publication Year
- 1991
- # of pages
- 153
- license
In copyright. All Rights Reserved.
Préface
La médecine a plus changé depuis le début de ce siècle que pendant les cinquante siècles précédents. Deux révolutions se sont succédé : la révolution thérapeutique qui commence avec les sulfamides, la révolution biologique qui la suit avec le code génétique et la pathologie moléculaire.
Ce siècle a vu aussi de profondes transformations politiques et sociales, deux guerres cruelles. Guerres qui, paradoxalement, ont parfois des conséquences heureuses pour la médecine. C’est pendant les campagnes d’Orient de la Première Guerre mondiale aux Dardanelles, à Salonique, que pour la première fois ont été pratiquées les transfusions sanguines sur une grande échelle. Et l’essor de la pénicilline est contemporaine de la Deuxième Guerre mondiale.
Ainsi, l’histoire de l’Hôpital américain est une épopée. Epopée double, liée aux progrès prodigieux de la médecine, liée aussi aux évolutions accélérées des sociétés humaines.
Prudemment, l’auteur de cette histoire a préféré ne pas attendre le centenaire de la création de l’Hôpital américain en 2006. Nous ne savons pas trop ce que l’avenir immédiat nous réserve. Mais quant aux terreurs de l’an mil, elles sont largement décrites dans tous nos livres.
Au long de quatre-vingt-cinq ans se suivent périodes glorieuses, périodes paisibles, périodes d’agitation et d’inquiétude. Très justement, l’historien souligne l’importance de l’action de quelques hommes de haute qualité qui ont perçu et proposé avec lucidité et courage les solutions nécessaires. Tels les créateurs Kelly, Van Bergen, John et Henry Harjes, Dalliba, Hoff, Sharon, Crosby Whitman et, tout récemment, le rénovateur Victor Dial. L’histoire de l’Hôpital américain, comme celle des nations, est faite de tensions, puis souvent d’alliances entre des éléments différents.
Tension d’abord entre la médecine et l’économie. Elle apparaît d’emblée. Elle a joué un rôle essentiel dans la naissance même de l’Hôpital avec le souci des créateurs de porter secours aux citoyens américains démunis qu’accablait une maladie en terre étrangère. Elle se poursuit avec, de loin en loin, une crise financière. Les autorités dirigeant l’Hôpital ont toujours donné la priorité à la qualité des soins, non sans parfois de sérieuses difficultés.
Tension ensuite entre justement la médecine de soins et les progrès de la connaissance médicale. Fausse tension en vérité. Aujourd’hui périmée. Nous savons que toute médecine est recherche. Ce sont les progrès de la connaissance qui donnent à l’acte médical toute sa grandeur. Tous les apitoiements sont dérisoires lorsque, par ignorance, les actions qui auraient été salvatrices ont été négligées. Et l’on doit se féliciter de l’heureuse orientation actuelle de l’Hôpital américain vers l’enseignement post-universitaire et la recherche. Enseignement qui ne concerne pas seulement les médecins mais aussi le personnel infirmier dont la haute qualité, tout au long de l’histoire de l’Hôpital, doit être rappelée.
Tension entre le privé et le public avec la confrontation entre deux systèmes : le système français où, réserve faite des hôpitaux religieux, les cliniques privées appartiennent au système lucratif, le système américain où de nombreux et très importants hôpitaux privés sont indépendants des entreprises lucratives. Les voies neuves où s’engage la direction de l’Hôpital américain sont très importantes et pourraient avoir, pour de nombreux établissements français, valeur de modèle.
Tensions ? Non. Aujourd’hui alliance entre les Etats-Unis et la France. Il y a certes eu, dans le passé, à certaines époques, des difficultés lorsqu’il fallait concilier des dispositions, des règlements contradictoires. Il faut saluer le courage de certains médecins américains acceptant de passer baccalauréat, examens de Faculté pour avoir le droit d’exercer en France. Ces temps sont révolus. La coopération établie entre médecins de l’université Colombia à New York et médecins de l’Hôpital américain de Paris est ici un modèle. Chaque pays apportant ce qu’il a de meilleur.
L’illustre historien Fernand Braudel a distingué l’histoire événementielle, celle de nos livres, des grandes batailles, des guerres et l’histoire quotidienne de la vie des peuples. On trouvera ici ces deux histoires, les drames vécus, les blessés des deux guerres, l’occupation allemande, les grands hommes soignés à l’Hôpital mais aussi les activités de tous les jours, le dévouement des médecins, des infirmières, du personnel administratif, tous inspirés par le même désir de porter secours aux personnes malheureuses hospitalisées. « Toute la médecine est amour » disait, à l’aube de la Renaissance, l’épitaphe de Paracelse. Longtemps la médecine est restée impuissante. La compassion (quelquefois oubliée) était la seule mission des médecins. Les deux révolutions médicales que nous avons évoquées ont tout changé. La médecine est aujourd’hui définie par l’alliance de la compassion toujours nécessaire et d’une science rigoureuse, mouvante, utilisant les techniques les plus raffinées de la physique, de la chimie, de la biologie. C’est cette alliance qui inspire les orientations, l’évolution de l’Hôpital américain. Orientations, évolution bénéficiant aussi des enseignements du passé. Telle est l’histoire que l’on va lire, alliant passé, présent, futur, histoire vigoureuse et claire, humaine, tonique.
